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le cahier rouge du Père Joseph - XXI - Monsieur Ferreira et Marie(par r.n.rodrigues)
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le cahier rouge du Père Joseph - XXI - Monsieur Ferreira et Marie(par r.n.rodrigues)
Chapitre XXI - Monsieur Ferreira et Marie
J'ai loué une chambre meublée dans la Pension de Dona Joaquina, un bâtiment ancien d’un seul étage, avec quatre portes-fenêtres ornées de balcons.
La pension était située au milieu de la Traverse de la Lapa entre les rues Alfonso Pena et la Palma.
Ma chambre était étroite et donnait sur le devant de l'escalier par une porte-fenêtre. Il y avait une commode près de la porte où j'ai rangé mes vêtements dans les différents tiroirs, un lit à une place appuyé contre la cloison et une petite table. Le cabinet de toilette se trouvait tout au fond du couloir.
J'ai caché mon argent dans une caisse de chaussures puis je l'ai mis dans le dernier tiroir sous des serviettes de bain. En marchant par la rue du Manga dans le quartier du Portinho, j'ai réussi à trouver un emploi dans le dépôt de Monsieur Ferreira. Il achetait et vendait des bouteilles. L'odeur forte mélangée d'eau-de-vie et de vin bon marché inondait l'air étouffé. Mon travail consistait à mettre les bouteilles d’un litre dans les sacs et à les ranger dans le fonds du dépôt jusqu'à l’arrivée des camions. Mon patron était grand et fort, c’était un homme honnête et simple. Il avait beaucoup argent, et habitait dans le chemin de Boiada.
Je me réveillais à six et demie, quand le clairon du quartier de la Police militaire sonnait. Je me levais et j'allais faire ma toilette. À sept heures je prenais mon petit déjeuner dans l'épicerie de madame Honoria, mon ex-propriétaire. Du café au lait avec deux pains, du fromage et de la mortadelle. À huit heures j’étais devant le dépôt attendant monsieur Ferreira qui arrivait dans une voiture conduite par son fils le plus âgé. Il descendait :
-« Bonjour, Joseph » me disait-il en me donnant les clés pour ouvrir les cadenas des deux portes .
- Je répondais « Bonjour, Monsieur Ferreira !« et j’ouvrais les cadenas des deux portes.
Au midi, son fils apportait notre déjeuner et vers les cinq heures, je fermais les portes et je lui rendais les clés. Ensuite son fils allait chercher son père avec la voiture. J'allais dîner au restaurant de madame Marie, dans le coin des traverses de la Lapa et du Portinho, devant l'épicerie de madame Honoria. Je payais pour
le mois entier. Tous les soirs c’était le même menu : riz, haricot, macaronis et rôti. Je sortais du restaurant en ayant encore faim, alors j'entrais sans l'épicerie de madame Honoria et j'achetais trois pains avec beurre. Je montais la traverse jusqu'au coin de la rue Afonso Pena, jusqu’au grand bâtiment d’un étage "Mata-Homem", où je m'asseyais près de l’une des portes et je restais là jouant aux dominos avec des gens connus. À dix heures du soir, je rentrais à ma chambre. Madame Joaquina fermait la porte à onze heures.
Un jour j'ai vu une jeune fille qui habitait et travaillait chez un couple dans la même traverse que moi et qui passait toutes les soirées devant l’école. Elle s'appelait Marie, elle était petite, un peu grosse, brune avec des cheveux noirs et lisses. Je suis tombé amoureux d’elle. Une soirée, je jouais aux dominos et la partie avait fini tôt, j'étais seul et je rentrais à pied vers le coin de la maison des Carvalhos, la rue était déserte.... je la vis, elle revenait de l'école...
- « Bonsoir, Marie ! » dis-je banalement d’une voix basse quand elle a tourné à la traverse. Elle s’est alors arrêtée.
- « Bonsoir, monsieur» dit elle en me regardant.
- « Me permets-tu de parler avec toi ? »
- « Parlez ! » dit-elle avec fermeté.
J’étais intimidé et je n'arrivais pas à dire un mot de plus.
Je me suis excusé, et elle a continué son chemin jusque chez les gens qui l’attendaient.
Elle était près du bâtiment, mais j’ai vu qu’elle se retournait à plusieurs reprises. Un mois après, un samedi soir, je l'ai retrouvée, elle venait d'une fête d'anniversaire. J’avais un peu bu, et je lui ai déclamé mon amour puis je l'ai invitée à passer la nuit avec moi dans ma chambre et à ma grande surprise, elle a accepté.
Le lendemain je suis allé chez ses logeurs, pour leur dire que nous allions habiter ensemble...
J'ai loué une chambre dans le bâtiment ancien de la rue de La Palma. Notre appartement était situé dans l'ancienne cour, avec une porte-fenêtre. Monsieur Ferreira a demandé à l’un de ses amis, propriétaire d’un magasin de meubles d’occasions de me vendre à crédit un lit à deux places, une cuisinière et une armoire. La table avec les deux bancs de bois furent fait par un ami menuisier, il s'appelait Totonho,et possédait un atelier près du bâtiment du russe dans la ruelle Feliz..
Ce fut une année de bonheur, mais Marie se lia d’amitié avec des voisines qui habitaient au-dessus, et les choses ont changé l'eau en vin. Quand j'arrivais du travail à cinq heures, Marie n’était jamais dans la chambre. Elle était toujours dans l'appartement de ses nouvelles amies.
Nous étions au mois de juin, le soir de la Saint-Jean. J'avais pris plusieurs verres d'eau-de-vie et je m'étais endormi tôt. Je me suis réveillé vers les quatre heures du matin et elle n'était pas là. Inquiet je me suis levé du lit, j'ai ouvert la porte, mais rien. Seuls les ronflements des voisins... Préoccupé, sans savoir que faire, j'ai décidé d’aller la chercher. La rue était déserte, les voitures garées sur le trottoir. Je suis allé à la place. Mais en passant devant un bar, surprise. Elle était là dansant avec un homme inconnu et ses amies étaient chacune avec un homme, assises à la table et buvant des bières avec eux.
J'ai regardé l'inconnu, un brun bien vêtu qui parlait à l'oreille de mon amie. Et elle lui a souri. Je fulminais et dans un éclair j'ai pressé mes pas vers eux qui dansaient un boléro de Waldik Soriano. Je me suis approché derrière d'elle et j'ai tapé sur son épaule. Ils se sont arrêtés de danser et elle s’est tournée vers moi, en s'éloignant de l’homme puis a mis les mains sur ses hanches :
- « Que veux-tu ? « - m’a t’elle demandé avec le visage fâché. Ses amies se sont arrêtées de bavarder et nous ont regardés.
- « On y va, « dis-je d’ une voix hésitante, j'étais très nerveux.
Elle m'a regardé avec un regard de rage et m’a montré avec le doigt en le tendant vers ma poitrine puis elle a parlé bien haut :
« Si tu veux que j’aille chez, toi tu n’as qu’à m'attendre là ! » et elle m’a tourné le dos et est retourné danser avec l'inconnu.
Je suis resté planté avec le visage d’un clown. J'ai regardé de tous les côtés, et j’ai vu que l’on riait de moi comme si j’étais un petit chien, alors je me suis enfui la queue entre les jambes et je suis sorti du bar avec la tête basse remplie de honte.
Quelle humiliation ! Je suis retourné à la chambre très abattu. Je me suis couché, mais je n'ai plus pu dormir tant je pensais à la scène qui avait eu lieue.
Marie est rentrée alors que le clairon du quartier sonnait les six heures. Elle s'est couchée, n'a parlé de rien et a dormi. Je me suis réveillé abattu avec d’énormes cernes.
Quand je suis arrivé au travail, monsieur Ferreira a perçu ma tristesse et il m'a demandé ce qui se passait, je lui ai raconté toute la vérité et il m’a écouté avec attention.
-« Joseph, sépare-toi de cette femme, elle ne t'aime pas ! »me dit-il avec un air sérieux. Et il m'a donné quelques conseils.
Quand je suis rentré à la chambre, Marie n'y était pas, mais j'ai entendu sa voix dans l'appartement du dessus et un bruit de verres et de bouteilles. Monsieur Ferreira m'avait prêté des sacoches où j'ai rangé mes vêtements, mes livres et mes cahiers puis je suis sorti de la chambre. Dans le couloir près de la porte de la rue, une de ses amies entrait avec des bouteilles de bière.
- « Monsieur Joseph, vous partez en voyage ? M’a-t-elle demandé avec un air de moquerie ?
-« Oui, je vais voyager» ai je répondu me contenant avec rage, et je suis sorti pendant qu’elle riait.
Monsieur Ferreira a loué autre chambre pour moi dans la pension de madame d'O, dans la même rue du dépôt. Il était comme un père, il m’aimait beaucoup et il me racontait ses aventures amoureuses. Marie est encore apparue deux fois, mais je n'étais pas là. Et mon ami lui disait que je voyageais
J'ai loué une chambre meublée dans la Pension de Dona Joaquina, un bâtiment ancien d’un seul étage, avec quatre portes-fenêtres ornées de balcons.
La pension était située au milieu de la Traverse de la Lapa entre les rues Alfonso Pena et la Palma.
Ma chambre était étroite et donnait sur le devant de l'escalier par une porte-fenêtre. Il y avait une commode près de la porte où j'ai rangé mes vêtements dans les différents tiroirs, un lit à une place appuyé contre la cloison et une petite table. Le cabinet de toilette se trouvait tout au fond du couloir.
J'ai caché mon argent dans une caisse de chaussures puis je l'ai mis dans le dernier tiroir sous des serviettes de bain. En marchant par la rue du Manga dans le quartier du Portinho, j'ai réussi à trouver un emploi dans le dépôt de Monsieur Ferreira. Il achetait et vendait des bouteilles. L'odeur forte mélangée d'eau-de-vie et de vin bon marché inondait l'air étouffé. Mon travail consistait à mettre les bouteilles d’un litre dans les sacs et à les ranger dans le fonds du dépôt jusqu'à l’arrivée des camions. Mon patron était grand et fort, c’était un homme honnête et simple. Il avait beaucoup argent, et habitait dans le chemin de Boiada.
Je me réveillais à six et demie, quand le clairon du quartier de la Police militaire sonnait. Je me levais et j'allais faire ma toilette. À sept heures je prenais mon petit déjeuner dans l'épicerie de madame Honoria, mon ex-propriétaire. Du café au lait avec deux pains, du fromage et de la mortadelle. À huit heures j’étais devant le dépôt attendant monsieur Ferreira qui arrivait dans une voiture conduite par son fils le plus âgé. Il descendait :
-« Bonjour, Joseph » me disait-il en me donnant les clés pour ouvrir les cadenas des deux portes .
- Je répondais « Bonjour, Monsieur Ferreira !« et j’ouvrais les cadenas des deux portes.
Au midi, son fils apportait notre déjeuner et vers les cinq heures, je fermais les portes et je lui rendais les clés. Ensuite son fils allait chercher son père avec la voiture. J'allais dîner au restaurant de madame Marie, dans le coin des traverses de la Lapa et du Portinho, devant l'épicerie de madame Honoria. Je payais pour
le mois entier. Tous les soirs c’était le même menu : riz, haricot, macaronis et rôti. Je sortais du restaurant en ayant encore faim, alors j'entrais sans l'épicerie de madame Honoria et j'achetais trois pains avec beurre. Je montais la traverse jusqu'au coin de la rue Afonso Pena, jusqu’au grand bâtiment d’un étage "Mata-Homem", où je m'asseyais près de l’une des portes et je restais là jouant aux dominos avec des gens connus. À dix heures du soir, je rentrais à ma chambre. Madame Joaquina fermait la porte à onze heures.
Un jour j'ai vu une jeune fille qui habitait et travaillait chez un couple dans la même traverse que moi et qui passait toutes les soirées devant l’école. Elle s'appelait Marie, elle était petite, un peu grosse, brune avec des cheveux noirs et lisses. Je suis tombé amoureux d’elle. Une soirée, je jouais aux dominos et la partie avait fini tôt, j'étais seul et je rentrais à pied vers le coin de la maison des Carvalhos, la rue était déserte.... je la vis, elle revenait de l'école...
- « Bonsoir, Marie ! » dis-je banalement d’une voix basse quand elle a tourné à la traverse. Elle s’est alors arrêtée.
- « Bonsoir, monsieur» dit elle en me regardant.
- « Me permets-tu de parler avec toi ? »
- « Parlez ! » dit-elle avec fermeté.
J’étais intimidé et je n'arrivais pas à dire un mot de plus.
Je me suis excusé, et elle a continué son chemin jusque chez les gens qui l’attendaient.
Elle était près du bâtiment, mais j’ai vu qu’elle se retournait à plusieurs reprises. Un mois après, un samedi soir, je l'ai retrouvée, elle venait d'une fête d'anniversaire. J’avais un peu bu, et je lui ai déclamé mon amour puis je l'ai invitée à passer la nuit avec moi dans ma chambre et à ma grande surprise, elle a accepté.
Le lendemain je suis allé chez ses logeurs, pour leur dire que nous allions habiter ensemble...
J'ai loué une chambre dans le bâtiment ancien de la rue de La Palma. Notre appartement était situé dans l'ancienne cour, avec une porte-fenêtre. Monsieur Ferreira a demandé à l’un de ses amis, propriétaire d’un magasin de meubles d’occasions de me vendre à crédit un lit à deux places, une cuisinière et une armoire. La table avec les deux bancs de bois furent fait par un ami menuisier, il s'appelait Totonho,et possédait un atelier près du bâtiment du russe dans la ruelle Feliz..
Ce fut une année de bonheur, mais Marie se lia d’amitié avec des voisines qui habitaient au-dessus, et les choses ont changé l'eau en vin. Quand j'arrivais du travail à cinq heures, Marie n’était jamais dans la chambre. Elle était toujours dans l'appartement de ses nouvelles amies.
Nous étions au mois de juin, le soir de la Saint-Jean. J'avais pris plusieurs verres d'eau-de-vie et je m'étais endormi tôt. Je me suis réveillé vers les quatre heures du matin et elle n'était pas là. Inquiet je me suis levé du lit, j'ai ouvert la porte, mais rien. Seuls les ronflements des voisins... Préoccupé, sans savoir que faire, j'ai décidé d’aller la chercher. La rue était déserte, les voitures garées sur le trottoir. Je suis allé à la place. Mais en passant devant un bar, surprise. Elle était là dansant avec un homme inconnu et ses amies étaient chacune avec un homme, assises à la table et buvant des bières avec eux.
J'ai regardé l'inconnu, un brun bien vêtu qui parlait à l'oreille de mon amie. Et elle lui a souri. Je fulminais et dans un éclair j'ai pressé mes pas vers eux qui dansaient un boléro de Waldik Soriano. Je me suis approché derrière d'elle et j'ai tapé sur son épaule. Ils se sont arrêtés de danser et elle s’est tournée vers moi, en s'éloignant de l’homme puis a mis les mains sur ses hanches :
- « Que veux-tu ? « - m’a t’elle demandé avec le visage fâché. Ses amies se sont arrêtées de bavarder et nous ont regardés.
- « On y va, « dis-je d’ une voix hésitante, j'étais très nerveux.
Elle m'a regardé avec un regard de rage et m’a montré avec le doigt en le tendant vers ma poitrine puis elle a parlé bien haut :
« Si tu veux que j’aille chez, toi tu n’as qu’à m'attendre là ! » et elle m’a tourné le dos et est retourné danser avec l'inconnu.
Je suis resté planté avec le visage d’un clown. J'ai regardé de tous les côtés, et j’ai vu que l’on riait de moi comme si j’étais un petit chien, alors je me suis enfui la queue entre les jambes et je suis sorti du bar avec la tête basse remplie de honte.
Quelle humiliation ! Je suis retourné à la chambre très abattu. Je me suis couché, mais je n'ai plus pu dormir tant je pensais à la scène qui avait eu lieue.
Marie est rentrée alors que le clairon du quartier sonnait les six heures. Elle s'est couchée, n'a parlé de rien et a dormi. Je me suis réveillé abattu avec d’énormes cernes.
Quand je suis arrivé au travail, monsieur Ferreira a perçu ma tristesse et il m'a demandé ce qui se passait, je lui ai raconté toute la vérité et il m’a écouté avec attention.
-« Joseph, sépare-toi de cette femme, elle ne t'aime pas ! »me dit-il avec un air sérieux. Et il m'a donné quelques conseils.
Quand je suis rentré à la chambre, Marie n'y était pas, mais j'ai entendu sa voix dans l'appartement du dessus et un bruit de verres et de bouteilles. Monsieur Ferreira m'avait prêté des sacoches où j'ai rangé mes vêtements, mes livres et mes cahiers puis je suis sorti de la chambre. Dans le couloir près de la porte de la rue, une de ses amies entrait avec des bouteilles de bière.
- « Monsieur Joseph, vous partez en voyage ? M’a-t-elle demandé avec un air de moquerie ?
-« Oui, je vais voyager» ai je répondu me contenant avec rage, et je suis sorti pendant qu’elle riait.
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