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Adorable femme des neiges, poème de Roland Giguère, 1929-2003
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Adorable femme des neiges, poème de Roland Giguère, 1929-2003
Adorable femme des neiges
I
Nous sommes loin d’ici
sur les chemins de neige
nous sommes loin
de la veille sans lendemain
nous sommes seuls
et le silence prépare un feu parfait
à l’ombre même de nos désirs
nous appartenons à tous les futurs
puisque ta réalité est possible
puisque tu es réelle
au cœur des neiges éternelles
je laisse mon dernier regard
à l’orée de ta beauté
II
Pour ta réalité offerte
mille légendes dorées
pour ta beauté secrète
une ceinture d’astres légers
III
Hier tu n’étais pas
aujourd’hui tu flambes
ardente au courant des saisons
tu ruisselles aux flancs des falaises
et te courbes dans le noir
ailleurs pour te posséder
on détruit ton visage
on t’invente une histoire
IV
Les midis sont pâles
dans ce pays d’où je viens
et la lune rouille sur les remparts
il y a des jours où tout est vain
sauf ton image
sauf la blancheur de ton corps
sur ces terres amères
le calme pèse nos paroles
aux heures creuses
et la force nous vient d’un autre âge
pour croire aux adages
qui hantent nos hivers
V
La pointe du jour c’est ton sein gauche
appuyé sur le soir
et le soir tu entres pour passer la nuit
nue sous les abat-jour de parchemin
sur lesquels on écrit une phrase éblouie
adorable femme des neiges
VI
C’est un printemps de sang nouveau
que ton visage de nuage ovale à ma fenêtre
c’est la merveille à ma porte
que ton corps d’étoile polaire sur mes rivages
à la lisière de ta flamme
se consument les lourds fagots d’hier
la main haute sur les orages
le ciel sur tes épaules se repose
mais dis-moi à quelle source vas-tu boire ?
VII
Quand un navire échoue sur une île fière
sa figure de proue devient une déesse familière
on met aux récifs des couronnes de fleurs
on fête la tempête
on affole la rose des vents
l’épave prend un air de triomphe
pour sombrer dans de telles eaux
VIII
Tu es venue au temps de l’abandon
alors que les lauriers gisaient dans l’étang
tu es venue au temps de la défaite
alors que le froid dans l’âtre était roi
l’air était fané quand tu es venue
avec ton sourire d’algue fraîche
la bouche pleine d’une sève inépuisable
la vie facile jouait déjà dans ton halo
car l’ombre ne voyage pas avec toi
IX
Paisible et lente tu t’avances
dans les heures chaudes du sommeil
et sur ton lit de fougères le matin
tu te combles d’énigmes de rébus
pour dérouter les plus sombres avenirs
tu te livres au présent toute nue
sans savoir si demain la mémoire te suivra
dans les méandres de ton errance
sans feu ni lieu dit-on de toi
mais en tous lieux on ne parle que de toi
et tu embrases chaque espoir de voyance
X
Tu vois
la parole est rare et précieuse
maintenant que nous sommes seuls
parmi ces soleils
il n’y a plus d’opaque
il n’y a plus d’ornière
et les fléaux passent
bien au-dessous de notre ciel
XI
Je laisse mes rênes à leur destin
je te tiens pour toute lumière
et mes mains te serrent
pour garder l’empreinte de ta présence
je froisse ta chair pour en tirer les éclats
je m’aveugle à ta foudre
je m’abîme en toi
XII
Les mouvements de ton corps
sont les marées qui m’emportent
loin loin d’ici
vers des mers sans adieu
vers des mers sans merci
en amont des rivières qui portent
mes désirs d’amour à ton port
tu t’inscris
lumineuse de tous feux
ravissante et ravie
ma caravelle suit la courbe de ta vie.
1958
(Roland Giguère, « Adorable femme des neiges » in L’âge de la parole, 1965)
I
Nous sommes loin d’ici
sur les chemins de neige
nous sommes loin
de la veille sans lendemain
nous sommes seuls
et le silence prépare un feu parfait
à l’ombre même de nos désirs
nous appartenons à tous les futurs
puisque ta réalité est possible
puisque tu es réelle
au cœur des neiges éternelles
je laisse mon dernier regard
à l’orée de ta beauté
II
Pour ta réalité offerte
mille légendes dorées
pour ta beauté secrète
une ceinture d’astres légers
III
Hier tu n’étais pas
aujourd’hui tu flambes
ardente au courant des saisons
tu ruisselles aux flancs des falaises
et te courbes dans le noir
ailleurs pour te posséder
on détruit ton visage
on t’invente une histoire
IV
Les midis sont pâles
dans ce pays d’où je viens
et la lune rouille sur les remparts
il y a des jours où tout est vain
sauf ton image
sauf la blancheur de ton corps
sur ces terres amères
le calme pèse nos paroles
aux heures creuses
et la force nous vient d’un autre âge
pour croire aux adages
qui hantent nos hivers
V
La pointe du jour c’est ton sein gauche
appuyé sur le soir
et le soir tu entres pour passer la nuit
nue sous les abat-jour de parchemin
sur lesquels on écrit une phrase éblouie
adorable femme des neiges
VI
C’est un printemps de sang nouveau
que ton visage de nuage ovale à ma fenêtre
c’est la merveille à ma porte
que ton corps d’étoile polaire sur mes rivages
à la lisière de ta flamme
se consument les lourds fagots d’hier
la main haute sur les orages
le ciel sur tes épaules se repose
mais dis-moi à quelle source vas-tu boire ?
VII
Quand un navire échoue sur une île fière
sa figure de proue devient une déesse familière
on met aux récifs des couronnes de fleurs
on fête la tempête
on affole la rose des vents
l’épave prend un air de triomphe
pour sombrer dans de telles eaux
VIII
Tu es venue au temps de l’abandon
alors que les lauriers gisaient dans l’étang
tu es venue au temps de la défaite
alors que le froid dans l’âtre était roi
l’air était fané quand tu es venue
avec ton sourire d’algue fraîche
la bouche pleine d’une sève inépuisable
la vie facile jouait déjà dans ton halo
car l’ombre ne voyage pas avec toi
IX
Paisible et lente tu t’avances
dans les heures chaudes du sommeil
et sur ton lit de fougères le matin
tu te combles d’énigmes de rébus
pour dérouter les plus sombres avenirs
tu te livres au présent toute nue
sans savoir si demain la mémoire te suivra
dans les méandres de ton errance
sans feu ni lieu dit-on de toi
mais en tous lieux on ne parle que de toi
et tu embrases chaque espoir de voyance
X
Tu vois
la parole est rare et précieuse
maintenant que nous sommes seuls
parmi ces soleils
il n’y a plus d’opaque
il n’y a plus d’ornière
et les fléaux passent
bien au-dessous de notre ciel
XI
Je laisse mes rênes à leur destin
je te tiens pour toute lumière
et mes mains te serrent
pour garder l’empreinte de ta présence
je froisse ta chair pour en tirer les éclats
je m’aveugle à ta foudre
je m’abîme en toi
XII
Les mouvements de ton corps
sont les marées qui m’emportent
loin loin d’ici
vers des mers sans adieu
vers des mers sans merci
en amont des rivières qui portent
mes désirs d’amour à ton port
tu t’inscris
lumineuse de tous feux
ravissante et ravie
ma caravelle suit la courbe de ta vie.
1958
(Roland Giguère, « Adorable femme des neiges » in L’âge de la parole, 1965)

Guy Rancourt-

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Re: Adorable femme des neiges, poème de Roland Giguère, 1929-2003
Beau poème à la poésie, la Muse enneigée y est jolie. Malgré quelques formules parfois un peu convenues.
Invité- Invité
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