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Comme une seule rose (par Lasource)

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Comme une seule rose (par Lasource)

Message par Invité le Mer 28 Sep - 12:17

Comme une seule rose
(Requiem)



Dans la nuit qui t'attend comme la porte
D'un tunnel sans fin, il n'est ni ciel ni vent ;
On n'entend pas, sous le soleil dormant l'oreille
Contre les galets, battre le pouls de la mer
Ni le cœur de celle qu'on aime...

Te voici donc pleurant avec le vent, pleurant
Derrière le convoi funèbre et noir de l'Ombre :
Tu suis ton propre enterrement qui sent le benjoin et la myrrhe
Et tu n'as plus que des fantômes pour amis sur cette terre ;
Fantôme le soleil dans les rougeurs crasseuses sur les villes !
Fantôme le matin qui cherche le matin éparpillé entre les toits !
Fantômes les cyprès qui ne connaissent que thrènes en grec
Ou bien silence dont pas une feuille rabougrie ne bouge...

Fantôme aussi le train transparent et bruyant qui se coule
Au long d'électrifications et de talus hirsutes de banlieue...
Fantôme même la rivière où les images sont figées
Comme sur un cliché pris au moment où le jour tombe...

Fantômes la table et le vin, le pain depuis longtemps moisi
Et dur comme du bois, et les plats desséchés de blé sucré
Là où ni tu ne dors ni tu ne veilles. Très loin les grillons des étoiles
Mesurent le paisible effritement du temps.
Nuages dans la nuit, vous les accompagnez, avec le vent
Qui pour toujours recherche sous la lune
Ou dans l'ivresse du soleil, cette journée que j'ai perdue.

Grand sommeil d'ébène en dérive parmi les astres,
Tu organises autour de moi les rêves de chacun selon
Le schéma des toiles d'araignée
Quand à l'aurore y brillent mille perles de rosée...

Ces rêves de cristal de ceux qui m'auront survécu,
Et qui sont les foyers de l'entier grouillement d'êtres aux yeux
Remplis de ciel...
Ces rêves traversés de lames de froid verre en ailes de chauves-souris
Ou en éclats de mer, les rêves que voici quand revient le très vieux
Gémissement grégorien des souffles qui ont tout perdu.

Qui désormais s'avancerait dans la nuit avec moi qui n'avance plus ?
Marcherait entre les chandelles en foule et les Voies-Lactées
En procession, sous la tonnelle mauve de la stratosphère
Où ne dominent que le Pur et l'Ineffable ?

Qui oserait avec moi pénétrer cette double nuit qui s'épand, insondable,
Innocente comme deux fillettes, dans la cour,
À pouffer les mains sur la bouche en échangeant
D'inextinguibles secrets ? A travers on ne sait quoi
S'épand pour qu'il s'ensuive l'univers, qu'en cette traîne merveilleuse
Tout se trame enfin jusqu'à tel jour, à tel destin, à telle mourre,
Tel matin, telle mer, tel moindre coquillage rose
Où rose une aurore s'étoile ?

Pour qu'il s'ensuive aussi que nous devrons quitter cela, tout cela,
Dès l'instant que nous aura rejoint sa sombre dimension ?

Avec moi, par la main, inclus dans le vitrail
De la douleur humaine, je la sens me happer, cette nuit dense comme pierre :
Mosaïque de cieux et de sang, de membres déchiquetés, de salives
Empoisonnées, de sexes comme à Dachau
Béants sur la maigreur de leur mort, vrac de cadavres
Blêmes sous les neiges d'époques qui tout effacent...

Là où l'on suffoque de ces puanteurs qui sont
L'exhalaison inconnue de nos anciennes vies,
Le relent du vivant dans l'instant que celui-ci se reconnaît,
Senteurs de latrine et d'urine, simplement en ce qu'il est :
Une expérience constamment recommencée
D'immense décomposition
Pour qu'il s'ensuive l'univers comme une seule rose.


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