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Le cahier Rouge du Père Joseph - XX - le russe dans la taverne (par r.n.rodrigues)

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Le cahier Rouge du Père Joseph - XX - le russe dans la taverne (par r.n.rodrigues)

Message par r.n.rodrigues le Dim 18 Sep - 0:06

Chapitre XX - Le russe dans la taverne

De bonne heure dans la matinée aux environs de neuf heures, après avoir fini le travail dans le marché aux poissons, je suis allé à la taverne de monsieur Pinheiro qui se trouvait dans la montée de la rue Alfonso Pena pour prendre une eau-de-vie. L'endroit était simple, il y avait deux portes, une table avec trois bancs de bois, un de chaque côté et un comptoir tout au fond. J'avais laissé ma brouette sur le trottoir et je suis entré. Je prenais mon deuxième verre d'eau-de-vie, quand il a commencé à pleuvoir.
Et l’homme est entré avec ses deux sacoches... Il avait la chemise mouillée de sueur, le visage rouge comme une tomate. Il était grand comme une armoire à glace et avait un regard sérieux. Il a posé des sacoches sur la table et il s'est approché du comptoir.
Monsieur Pinheiro lavait les verres dans une cuvette d’aluminium sur une petite table dans un recoin. Il a mis un verre sur le comptoir et il a cueilli une bouteille d'eau-de-vie sur l’étagère et a rempli le verre. L’homme a pris le verre et il l’a bu d’une traite, puis il a passé sa langue dans ses lèvres :
- « Merci beaucoup, mon ami » - a-t-il dit d’une voix basse.
Monsieur Pinheiro a secoué la tête et il est retourné laver ses verres, mais il a laissé la bouteille sur le comptoir. Je me suis levé et je me suis approché de l’homme avec mon verre.
- « Bonjour, monsieur ! « ai-je dit en l’observant.
Monsieur Pinheiro a arrêté de laver ses verres et il m’a dévisagé.
L’homme m'a aussi regardé :
- « Bonjour ! Comment t'appelles-tu ?»
- « Je m'appelle Joseph monsieur, et vous ?»
- « je m'appelle Alex !» Il a repris son verre et en bois rapidement une gorgée
puis il passe sa main sur sa bouche pour l’essuyer.
Nous avons échangé une poignée de main et on a trinqué à notre santé. Il m'a fait un signe pour que je vienne m'asseoir à la table près de la porte oú étaient ses sacoches.
Monsieur Pinheiro est venu poser une bouteille d'eau-de-vie Aliança et deux verres puis il est retourné derrière son comptoir, et a continué à essuyer ses verres pour les ranger.
- « On va parler français, monsieur Joseph ?»
- « D'accord, pas de problème monsieur Alex. »

Il était russe, et venait de Sibérie. Ses parents étaient fermiers et ils avaient beaucoup de terres et d’ouvriers. Mais la grande révolution est arrivée, et avec elle les bolcheviques qui réquisitionnaient les terres pour l'état.
Son Père était parti, abandonnant tout. Il avait beaucoup d’argent et ils ont pu fuir en prenant un navire à vapeur dans un Port de la Mer Baltique. Ils sont arrivés en Amérique du Sud et ont débarqué dans la ville de Buenos Aires.
Là il a abandonné sa famille et il a repris un vapeur. Le hasard l’a fait débarquer dans ma ville de São Luis, car le navire sur lequel il était ayant eu des avaries de moteur n’a pu l’emmener aux États-Unis comme il l’espérait.
Il a adoré le climat de cette nouvelle ville et les gens qui y vivaient.
Au fil du temps, il est retombé amoureux d’une charmante femme, et s’est remarié avec elle. De cette union sont nés trois fils. Il a pu acheter un bâtiment ancien d'un étage dans la ruelle Feliz et il en a loué les chambres.
Il menait une vie tranquille... Nous avons parlé de la littérature russe, de Dostoïevski....
Il était presque midi, quand je me suis rappelé du biberon des petits chats. Alors, je me suis levé en m’excusant.
« Je dois partir monsieur Alex, au revoir. » Dis-je déjà debout» Au revoir ».
En sortant de la taverne j’ai pris ma brouette et je suis monté dans la rue Afonso Pena jusqu'au dans le coin de la Rue Jacinto Maia, là j'ai tourné vers la rue de la Estrela. Je suis passé devant le Couvent das Merces puis je suis entré dans l’épicerie de monsieur Chico qui fait coin avec la rue du 28 juillet. J'ai acheté quelques bricoles et je suis reparti à l'hôtel.
Mère Faim a entendu le bruit de la porte et il a commencé aboyer. J'ai rentré la brouette et j'ai fermé la lourde porte avec les bâches. J'ai pris les courses et je les ai mises dans le panier pour les monter avec la roulette et j’ai hissé le tout avec la corde... Mère Faim a couru par me saluer. Il a flairé les sacs. Il a remué la queue qui tapait le plancher. Je suis allé regarder les petits dans la chambre, ils étaient endormis dans la caisse. J'ai fait les biberons, mais le reste, je ne me le rappelle plus.

Je me suis réveillé un peu plus tard. Les lumières de la rue étaient allumées. J'ai mis la télé en marche et j’ai actionné la lampe de la chambre. Les petits dormaient sur la mère Faim, elle les a tirés de la caisse. Je suis reparti et j'ai éteint la télé. Je me suis assis dans la chaise à bascule, j'ai pris le Cahier posé sur la petite table à côté du " Petit Chose" d’Alphonse Daudet. J'ai allumé un petit joint, j'ai fumé bien doucement regardant les étoiles..... et j'ai recommencé à écrire.....

r.n.rodrigues

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Re: Le cahier Rouge du Père Joseph - XX - le russe dans la taverne (par r.n.rodrigues)

Message par Invité le Sam 1 Oct - 17:00

Jolie prose. Beaucoup de progrès ! Bravo.

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