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Le Cahier Rouge du Père Joseph - XVIII(par r.n.rodrigues)
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Le Cahier Rouge du Père Joseph - XVIII(par r.n.rodrigues)
Chapitre XVII – Monsieur Badi…
C’était la matinée du lundi ; il fait un beau soleil. Je me suis réveillé tôt. J’ai pris un bain dans les toilettes de la cour, puis j’ai mis mes plus beaux habits et je suis parti très content. J'allais récupérer mon argent chez monsieur Badi.
J'ai monté la pente de l'Avenue Magalhães de Almeida. Les camelots rangeaient leurs marchandises sur des plateaux. Les employés étaient là devant les magasins, attendant l'heure de l’ouverture.
Dans la Place du Carmo, les chauffeurs de taxi lisaient des quotidiens. La rue Grande était encore déserte. En passant devant l'Église de Nossa Senhora do Carmo, j'ai fait le signe de la croix. J'ai traversé la rue de São João, et je suis passé près de la statue du Sénateur João Lisboaqui qui se trouve devant le Poste, puis je suis entré dans la Rue du Sol. J’ai marché jusqu'au coin de l'ancienne Faculté de Droit et je suis sorti près de la fontaine du Riberão.
Monsieur Badi habitait la troisième maison de la Rue do Riberão, qui va jusqu’à l'Avenue Beira-Mar. Sa façade a quatre fenêtres et une porte située au milieu. J'ai agité la clochette à l’entrée. Une fenêtre s’est ouverte et une tête est apparue :
- « Bonjour Monsieur Joseph ? que voulez-vous ?» m'a demandé la bonne de monsieur Badi
- « Bonjour, Madame, pourrai-je parler à monsieur Badi s’il vous plait ? »
- « Un instant, monsieur » dit-elle en refermant la fenêtre .
Quelques minutes après j’entends le bruit de la clé dans la porte.
- « Entrez ! » me dit-elle en ouvrant l’un des battants. Elle me fait signe de la suivre dans un petit couloir menant à une large salle. Elle l'ouvre. Monsieur Badi est assis sur le divan en fumant sa pipe l’air pensif.
- « Monsieur Badi » dit la bonne
- « Qu’est-ce? « demande t’il irrité par notre irruption.
- « C'est Monsieur Joseph» répond t’elle d’une voix basse .
- « Qui? Qui? « reprend t’il énervé.
- « Monsieur Joseph ! » murmure t’elle avec calme.
- « Quel Joseph ? «
- « Joseph, votre ami du Marché. »
- « Ah ! d'accord.... entrez ! Asseyez-vous, monsieur Joseph ! »
Il m’observe. « Comment allez-vous ?»
Je lui réponds :
- « Ça va. Et vous ? »
- Oh moi, l'âge, les maladies… Mon fils c'est triste d’être vieux ! dit-il avec un regard lointain.
« Mais que me veux-tu, à cette heure matinale ? « Sa voix est douce.
- « Je suis venu chercher l'argent que je vous avais donné pour que vous me le gardiez ! »lui ai-je dit tranquillement en le regardant dans les yeux.
Il à l’air soudain agacé, son visage est sérieux ; il me lance un regard rempli de doutes.
- « Quel argent, mon fils ?»
- « Monsieur, celui que je vous ai laissé il y a six mois afin que vous le gardiez pour moi. »
- « Quoi ? Quoi ? « Crie t’il fâché en mettant la pipe sur la petite table. « Mais de quoi me parlez-vous ? »
Je sens une douleur qui me traverse le coeur.
- « L'argent je vous l’ai donné ! » ai - je affirmé impatient devant une telle situation.
Il se levé du divan.
- « Mon fils, vous ne m'avez jamais confié de l'argent. Vous êtes dans l’erreur !»
- Ma voix monte, « si je l'ai donné mon argent ! ici, dans cette salle il y a six mois pour me le faire garder. »
- « C’est faux ! » me lance t’il dit-il en me regardant bien droit dans les yeux. « Vous vous êtes trompé !» Et il est sort de la salle.
J'ai soudain l’envie d'étrangler ce vieux fripon.
Mais je ne peux rien faire. Je n’ai pas de témoin pour cette transaction. Je suis très tourmenté. Le paiement de mon loyer est en retard d’un mois et Madame Honaria la propriétaire m'a menacé de jeter mes affaires à la rue.
Je traîne toute la journée dans les rues du centre, puis je rentre dans ma chambre aux alentours de minuit. J’essaie de ne pas faire de bruit… je range le peu de choses que je possède dans un sac à dos. Quand je descends l'escalier sans actionner la lumière une personne est là debout près de la porte. C’est la propriétaire qui attend que son fils arrive. Elle vit au rez-de-chaussée.
Elle ne m'a rien dit et moi j’ai vite filé...
J’ai grimpé la côte jusqu'au coin de la rue Afonso Pena. Il faisait une jolie lune avec un ciel étoilé.
Je suis allé jusqu'a la Place de l'église de Nossa Senhora do Carmo et je me suis couché sur le banc de bois devant l'église… J'ai dormi un peu, mais j’ai pris peur en entendant le bavardage de deux voleurs qui voulaient me dérober mon sac à dos.
- « Que me voulez-vous ? « leur ai-je dit méfiant et les regardant d’un air furieux.
- « Mais rien » me répond l’un d'eux, et ils s’en sont allés. Je me suis assis et j'ai regardé la grande horloge. Il était cinq heures du matin.
J’avais faim et soif… Je suis descendu à la Fontaine du Riberão où j'ai lavé mon visage et bu un peu d'eau. J'ai trouvé une poubelle avec les restes de la nourriture d'un restaurant. J'en ai mangé vite une partie et j'en ai gardé un peu dans le sac pour mon déjeuner.
J’ai passé la journée sur le banc de la Place du Sénateur Benedito Leite...
Le pire dans cette vie ce furent les hivers et les mois de pluie.
Je dormais debout attendant l'heure de la première messe par m’assoupir un peu dans l'église, assis sur le dernier banc près du mur. Parfois un prêtre italien me donnait une tasse de café avec du pain.
J’étais redevenu un vagabond, mendiant dans le quartier da Praia Grande, prenant de l’eau-de-vie, fumant des joints avec les autres sur la place.
Je suis retourné au grand marché. Ceux qui m’avaient connu ont ri de ma disgrâce.
Mais avec le temps, les choses se sont améliorées un peu.
J'ai pu me m’acheter une brouette et je suis allé travailler à nouveau comme portefaix. J'avais 27 ans. Je me suis lié d’amitié avec les surveillants du marché et ils m'ont permis de demeurer là.
Les vendredis j'allais vendre des poules et des coqs venant de la campagne dans les rues du centre. Cela me rappelait le temps où au Mojó on me donnait les mêmes choses à vendre. Je les mettais dans la brouette et j'allais avenue D.Pedro II, devant Place de la Sereia et la cathédrale où j’avais déjà des clients, banquiers, fonctionnaires du Tribunal de Justice et autres
C’était la matinée du lundi ; il fait un beau soleil. Je me suis réveillé tôt. J’ai pris un bain dans les toilettes de la cour, puis j’ai mis mes plus beaux habits et je suis parti très content. J'allais récupérer mon argent chez monsieur Badi.
J'ai monté la pente de l'Avenue Magalhães de Almeida. Les camelots rangeaient leurs marchandises sur des plateaux. Les employés étaient là devant les magasins, attendant l'heure de l’ouverture.
Dans la Place du Carmo, les chauffeurs de taxi lisaient des quotidiens. La rue Grande était encore déserte. En passant devant l'Église de Nossa Senhora do Carmo, j'ai fait le signe de la croix. J'ai traversé la rue de São João, et je suis passé près de la statue du Sénateur João Lisboaqui qui se trouve devant le Poste, puis je suis entré dans la Rue du Sol. J’ai marché jusqu'au coin de l'ancienne Faculté de Droit et je suis sorti près de la fontaine du Riberão.
Monsieur Badi habitait la troisième maison de la Rue do Riberão, qui va jusqu’à l'Avenue Beira-Mar. Sa façade a quatre fenêtres et une porte située au milieu. J'ai agité la clochette à l’entrée. Une fenêtre s’est ouverte et une tête est apparue :
- « Bonjour Monsieur Joseph ? que voulez-vous ?» m'a demandé la bonne de monsieur Badi
- « Bonjour, Madame, pourrai-je parler à monsieur Badi s’il vous plait ? »
- « Un instant, monsieur » dit-elle en refermant la fenêtre .
Quelques minutes après j’entends le bruit de la clé dans la porte.
- « Entrez ! » me dit-elle en ouvrant l’un des battants. Elle me fait signe de la suivre dans un petit couloir menant à une large salle. Elle l'ouvre. Monsieur Badi est assis sur le divan en fumant sa pipe l’air pensif.
- « Monsieur Badi » dit la bonne
- « Qu’est-ce? « demande t’il irrité par notre irruption.
- « C'est Monsieur Joseph» répond t’elle d’une voix basse .
- « Qui? Qui? « reprend t’il énervé.
- « Monsieur Joseph ! » murmure t’elle avec calme.
- « Quel Joseph ? «
- « Joseph, votre ami du Marché. »
- « Ah ! d'accord.... entrez ! Asseyez-vous, monsieur Joseph ! »
Il m’observe. « Comment allez-vous ?»
Je lui réponds :
- « Ça va. Et vous ? »
- Oh moi, l'âge, les maladies… Mon fils c'est triste d’être vieux ! dit-il avec un regard lointain.
« Mais que me veux-tu, à cette heure matinale ? « Sa voix est douce.
- « Je suis venu chercher l'argent que je vous avais donné pour que vous me le gardiez ! »lui ai-je dit tranquillement en le regardant dans les yeux.
Il à l’air soudain agacé, son visage est sérieux ; il me lance un regard rempli de doutes.
- « Quel argent, mon fils ?»
- « Monsieur, celui que je vous ai laissé il y a six mois afin que vous le gardiez pour moi. »
- « Quoi ? Quoi ? « Crie t’il fâché en mettant la pipe sur la petite table. « Mais de quoi me parlez-vous ? »
Je sens une douleur qui me traverse le coeur.
- « L'argent je vous l’ai donné ! » ai - je affirmé impatient devant une telle situation.
Il se levé du divan.
- « Mon fils, vous ne m'avez jamais confié de l'argent. Vous êtes dans l’erreur !»
- Ma voix monte, « si je l'ai donné mon argent ! ici, dans cette salle il y a six mois pour me le faire garder. »
- « C’est faux ! » me lance t’il dit-il en me regardant bien droit dans les yeux. « Vous vous êtes trompé !» Et il est sort de la salle.
J'ai soudain l’envie d'étrangler ce vieux fripon.
Mais je ne peux rien faire. Je n’ai pas de témoin pour cette transaction. Je suis très tourmenté. Le paiement de mon loyer est en retard d’un mois et Madame Honaria la propriétaire m'a menacé de jeter mes affaires à la rue.
Je traîne toute la journée dans les rues du centre, puis je rentre dans ma chambre aux alentours de minuit. J’essaie de ne pas faire de bruit… je range le peu de choses que je possède dans un sac à dos. Quand je descends l'escalier sans actionner la lumière une personne est là debout près de la porte. C’est la propriétaire qui attend que son fils arrive. Elle vit au rez-de-chaussée.
Elle ne m'a rien dit et moi j’ai vite filé...
J’ai grimpé la côte jusqu'au coin de la rue Afonso Pena. Il faisait une jolie lune avec un ciel étoilé.
Je suis allé jusqu'a la Place de l'église de Nossa Senhora do Carmo et je me suis couché sur le banc de bois devant l'église… J'ai dormi un peu, mais j’ai pris peur en entendant le bavardage de deux voleurs qui voulaient me dérober mon sac à dos.
- « Que me voulez-vous ? « leur ai-je dit méfiant et les regardant d’un air furieux.
- « Mais rien » me répond l’un d'eux, et ils s’en sont allés. Je me suis assis et j'ai regardé la grande horloge. Il était cinq heures du matin.
J’avais faim et soif… Je suis descendu à la Fontaine du Riberão où j'ai lavé mon visage et bu un peu d'eau. J'ai trouvé une poubelle avec les restes de la nourriture d'un restaurant. J'en ai mangé vite une partie et j'en ai gardé un peu dans le sac pour mon déjeuner.
J’ai passé la journée sur le banc de la Place du Sénateur Benedito Leite...
Le pire dans cette vie ce furent les hivers et les mois de pluie.
Je dormais debout attendant l'heure de la première messe par m’assoupir un peu dans l'église, assis sur le dernier banc près du mur. Parfois un prêtre italien me donnait une tasse de café avec du pain.
J’étais redevenu un vagabond, mendiant dans le quartier da Praia Grande, prenant de l’eau-de-vie, fumant des joints avec les autres sur la place.
Je suis retourné au grand marché. Ceux qui m’avaient connu ont ri de ma disgrâce.
Mais avec le temps, les choses se sont améliorées un peu.
J'ai pu me m’acheter une brouette et je suis allé travailler à nouveau comme portefaix. J'avais 27 ans. Je me suis lié d’amitié avec les surveillants du marché et ils m'ont permis de demeurer là.
Les vendredis j'allais vendre des poules et des coqs venant de la campagne dans les rues du centre. Cela me rappelait le temps où au Mojó on me donnait les mêmes choses à vendre. Je les mettais dans la brouette et j'allais avenue D.Pedro II, devant Place de la Sereia et la cathédrale où j’avais déjà des clients, banquiers, fonctionnaires du Tribunal de Justice et autres
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