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le cahier rouge du pere Joseph - XIV(par r.n.rodrigues)
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le cahier rouge du pere Joseph - XIV(par r.n.rodrigues)
Le premier soir dans le dépôt cela fut horrible. À chaque instant il y avait un bruit différent. C’était des voix qui venaient de la rue, un rat rongeant des os, des caisses traînées, le klaxon des bus. J'ai très mal dormi, et vers quatre heures du matin, quand les portes se sont ouvertes, et que les vendeurs de légumes et de verdures sont arrivés des quartiers lointains avec leurs produits, leurs charrettes chargées de poissons, puis les camions de viandes de bœuf, je me suis réveillé, et j'ai ouvert la porte encore somnolent. Je restais là, les observant. Les vendeurs mettaient les fruits sur la table, les paniers de riz et haricots sur le pas de la porte des baraques. Les bouchers coupaient les pièces de viande, les suspendant par des crochets de fer. Ils s'adossaient à la porte quand j'allais aux wc. Parfois, je voyais des hommes se masturbant sur le cabinet dans une puanteur insupportable d'urines et de défécations. Je me lavai vite et je rentrai dans le dépôt.
Vers six heures du matin, le magasin était ouvert par l'homme de confiance du patron. Un homme très sérieux qui parlait peu. Toutes les employées le respectaient. Il arrivait vers huit heures, toujours bien vêtu et bien rasé. Il venait en voiture avec son chauffeur. Vers six et demie, j'allais prendre le petit-déjeuner dans le restaurant : café au lait et deux tranches de pain avec beurre. Vers sept heures, je commençais mon travail. Un commis me livrait la liste des courses, une fois faites, je les rangeais dans la brouette et j'allais les apporter chez mes clients puis je revenais pour charger à nouveau.
Après de trois ans de travail avec ce patron, j'ai découvert les origines de sa richesse. Le magasin était une façade pour ses vraies affaires. Il faisait de la contrebande. Il envoyait les voiliers chargés de café pour la Ville de Panamaribo, une colonie des Hollandais, et on lui en rapportait des montres, des caisses de whisky, des radios et des parfums, qui étaient déchargés dès l’aube sur la plage du Desterro. Le matin, j'allais innocemment chercher "les commandes " cachées dans des paniers de feuilles de palmiers et les laissais dans un autre dépôt ; l'homme de confiance attendait, déjà, avec son camion. Je faisais plusieurs fois ce trajet. Je ne me suis jamais méfié, je pensais que c’était de la farine. Jusqu'a ce fameux matin, où très tôt, la police fédérale a envahi le magasin, mais heureusement sans rien y trouver. J'étais épouvanté à cause du revolver qu'un des policiers appuyait contre ma tête:
- « Police » criait-il ! avec l'arme dans la main – « Levez-vous ! levez-vous ! »
Les hommes sont restés nu-pieds devant le mur. Nous avons ensuite étais interrogés. L'homme de confiance s'était enfui lorsqu’il avait aperçu la police.
On a noté nos noms et le magasin a été fermé. Le patron ayant filé avec sa famille, je me retrouvais au chômage.
Le même jour, en allant aux toilettes, je suis passé près de la porte du dépôt… Et par chance, elle n'était pas fermée. Ce fut un soulagement, je savais où passer la nuit.
Avant la fermeture du Marché, je me suis caché entre les baraques et m’en suis allé jusqu'à la porte du dépôt. J'y venais chaque soir, et j'ai passé une année à dormir là tranquille...
Vers six heures du matin, le magasin était ouvert par l'homme de confiance du patron. Un homme très sérieux qui parlait peu. Toutes les employées le respectaient. Il arrivait vers huit heures, toujours bien vêtu et bien rasé. Il venait en voiture avec son chauffeur. Vers six et demie, j'allais prendre le petit-déjeuner dans le restaurant : café au lait et deux tranches de pain avec beurre. Vers sept heures, je commençais mon travail. Un commis me livrait la liste des courses, une fois faites, je les rangeais dans la brouette et j'allais les apporter chez mes clients puis je revenais pour charger à nouveau.
Après de trois ans de travail avec ce patron, j'ai découvert les origines de sa richesse. Le magasin était une façade pour ses vraies affaires. Il faisait de la contrebande. Il envoyait les voiliers chargés de café pour la Ville de Panamaribo, une colonie des Hollandais, et on lui en rapportait des montres, des caisses de whisky, des radios et des parfums, qui étaient déchargés dès l’aube sur la plage du Desterro. Le matin, j'allais innocemment chercher "les commandes " cachées dans des paniers de feuilles de palmiers et les laissais dans un autre dépôt ; l'homme de confiance attendait, déjà, avec son camion. Je faisais plusieurs fois ce trajet. Je ne me suis jamais méfié, je pensais que c’était de la farine. Jusqu'a ce fameux matin, où très tôt, la police fédérale a envahi le magasin, mais heureusement sans rien y trouver. J'étais épouvanté à cause du revolver qu'un des policiers appuyait contre ma tête:
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