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le cahier rouge du Père Joseph - XIII - Dimanche de soleil(par r.n.rodrigues)

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le cahier rouge du Père Joseph - XIII - Dimanche de soleil(par r.n.rodrigues)

Message par r.n.rodrigues le Ven 27 Mai - 0:23

Dimanche de soleil

Aujourd'hui, je me suis réveillé bien tôt... Mon ami Faim suspectait quelque chose d'étrange... Il a dressé l'oreille en observant tous mes mouvements. J'ai préparé notre petit déjeuner - café sans lait, des morceaux de fromages et saucisson (de Lyon) hors validité que j'ai trouvés dans le vide-ordures d'un supermarché. Je les lui ai jetés. Il était toujours sous l'armoire, grognant, méfiant et menaçant.

- Bonjour, monsieur Faim - dis-je avec une voix basse.

Un beau soleil baignait la cour. Il y avait des seaux pleins d'eau dans un coin Faim les regardait et aboyait. Il s’est extrait de dessous l’armoire pour se mettre sous la table. Quand il m'a vu avec le collier dans la main, il s'est aussitôt levé en tentant de m’échapper. Je me suis approché de lui doucement avec le collier.
- Calme, mon bon ami. Je sais que vous n'aimez pas vous laver, mais un bain vous sera profitable !
Il empestait, il sentait la charogne… Cela faisait un mois qu'il n'avait pas été baigné.

- S'il te plait, mon ami ne fait pas l'enfant têtu!

Avec ses yeux tristes, il me regardait avec méfiance.

- calme, mon petit lui dis-je! mais il se mit à aboyer en se serrant contre le mur…
Rapidement, je lui mis le collier au cou. Il tenta de réagir, mais il est déjà dominé. Je commençai à le tirer doucement et l'emmenai près des seaux.


Avant, c’était pire, car il courait dans tout l'appartement. Une fois, il est tombé dans la cour, d’une hauteur de trois mètres, mais grâce a Dieu, il ne c'est rien cassé. Après une grande lutte, je l’ai baigné. Maintenant il est couché dans son coin favori, sur un morceau de tapis afghan que j'ai gagné chez une dame où j'allais faire le ménage et jeter les choses qui étaient entassées dans son grenier.

Faim a les yeux fermés; je l’ai couvert avec un large essuie-main décoré d’un signe de Scorpion. Tout ce que j'ai ici, je l'ai gagné ou je l'ai trouvé... Jusqu'a la nourriture, que parfois j'achète.


O9:30 - J'entends mon programme favori de Choros dans la radio Université FM. Avec ce programme, je me retrouve dans le temps passé, quand j'avais une famille - une femme et mon fils – avec lesquels j’ai habité dans une cabane de paille. Tout à l'heure je vous raconterai cette histoire.


Mon bon ami Faim continu à faire sournoisement semblant de dormir. Les rayons du soleil envahissent tout l'appartement par les portes-fenêtres. Une brise fraîche comme une odeur d'eau salée vient des grands navires ancrés au loin dans la baie de São Marcos. Tout est silencieux. Ma chaise à bascule près du balcon, la petite radio en haut volume avec la beauté du choro. Le choro, c'est un rythme de musique typiquement brésilien avec des cordes, des percussions - c'est de la famille de la samba.

10:00 - J'ai fini le programme. J'ai arrêté la petite radio, je me suis levé de la chaise à bascule, puis j'ai laissé le livre "Candido " sur la petite table. Une gorgée d'eau-de-vie... Monsieur Faim, couché dans son coin, ouvre un oeil en me regardant. Je vais descendre dans la cour, et allumer le feu pour préparer le repas. Le menu d'aujourd'hui : macaronis mélangés avec de la viande séchée, du lard fumé, de la saucisse, fromage, jambon, mortadelle et oeufs, le tout coupé en petits morceaux et une salade basique. Je prépare aussi une carafe de café. Monsieur Faim se met à aboyer du haut du plancher.


- « Très bien, mon ami attend un peu, notre nourriture est très bonne » - dis-je. Il balance sa queue avec approbation… il adore les macaronis.

Une demi-heure après...


Tout est prêt pour le déjeuner. La grande casserole de macaronis fumants sur la table couverte avec une belle nappe de tissu écossais en dessous d'un plastique transparent. Les deux plats et les fourchettes. Le plat de salade. Une demi-bouteille d'eau-de-vie. J'appelle mon ami Monsieur Faim pour qu'il s'installe sous la chaise à mon côté. Il s'assied et tire la langue.


- « Très bien, mon bon ami » - dis-je en mettant les macaronis dans son plat.

Un typique déjeuner de dimanche avec mon ami Faim. On a beaucoup mangé, mieux, on a beaucoup bavardé, moi, tout en prenant des gorgées d'eau-de-vie. Je dois dire qu'il est un bon auditeur, il entend tout sans intervenir.Quand j'ai fini de parler il aboie et balance la queue. Il est très intelligent et très amical. On cohabite depuis cinq ans, depuis que l’ ai trouvé dans la poubelle du Marché. Grand, sale, blessé, gémissant bassement. Il tremblait de froid. Pauvre chiot abandonné, tout comme moi. Nos yeux se sont croisés et j'ai eu pitié de lui. Alors, je l'ai adopté, je l'ai soigné et j'ai guéri ses blessures. Depuis, nous ne nous sommes jamais séparés. Toujours ensemble, là où je vais, il va aussi. Il ne m’a jamais abandonné, même pas quand je suis très saoul et que je sommeille sur le trottoir. Il reste couché près de moi, me surveillant. Un vieil ami me disait qu'un bon mendiant se devait d'avoir deux choses dans la vie: une brouette pour gagner sa vie et un bon chien pour le protéger. C'est vrai !


Après notre copieux "banquet " de dimanche, nous avons été nous coucher. Monsieur Faim sur le tapis, et moi, un peu saoul, j'ai attaché le hamac près d'une porte-fenêtre.

Je me suis réveillé quand les rayons du soleil froid de l'après-midi sont venus caresser mon visage et j'ai entendu le vacarme d'une discussion entre deux hommes qui venait de là-bas :

- « Tu es un voleur, un fripon » - criait un brun maigre avec un petit couteau menaçant un blond, cheveux lisses, visage étiré et sans dent, adossé contre le mur d'un bâtiment en ruine, lieu où les vicieux viennent se droguer. – « Je veux mon argent. Je vais te tuer, voleur ! »

Je me suis levé et je me suis mis à marcher très vite vers le balcon pour regarder la discution. Monsieur Faim épouvanté courrait vers l'autre balcon de la porte-fenêtre, en commençant à aboyer bien haut. Le brun maigre avec le petit couteau était horrible, l'autre l'observait. Il se mordait les lèvres avec rage, crachant violemment entre les pieds déchaussés du blond édenté, marmonnant entre ses dents : « Tienes muchas suerte, hijo de la puta ». Il crachait de nouveau, le défiant, puis est entré dans le bâtiment. Le blond édenté m'a regardé et j’ai observé ses yeux tristes et sans vie. Je l’ai suivi du regard jusqu'a le voir disparaître au coin de cette rue.

Le silence a recommençé à régner. La rue déserte, pas de voitures, seulement des papiers volants sur les trottoirs sales et des pigeons becquetant entre les fentes des pavés… Je retournai vers mon hamac, reprit le livre "Candido" de Voltaire et je me couchai pour le lire. J'adore ce livre, c'est la deuxième fois que je le lis. Monsieur Faim, mon bon ami, s’en revint vers son coin sur son tapis afghan.

Vers six heures de l'après-midi, les cloches de l’église du centre commencèrent à sonner appelant les fidèles à la messe. Il y avait un beau crépuscule, tranquille, d’un soleil jaunissant s’endormant à l’arrière du quartier du Bonfim, de l'autre côté de la rivière du Bacanga. Je me levai du hamac, laissant le livre sur la petite table de bois. Sur l’autre table, la casserole était encore pleine ! C’était l'heure du nôtre souper. J'allumai une bougie et Faim s'approcha.

Après le dîner, je vins vers le balcon, fumant un joint et regardai le joli paysage, les lampes allumées, les voitures et les bus circulant dans l'avenue. Les couples se promenaient, s’embrassaient. Un chien vagabond déambulait en cherchant sa nourriture dans les ordures amoncelées dans le coin de la rue. Une chatte jouait avec ses petits, mais toujours en continuant d’observer le chien. Les rats nerveux couraient d'un côté vers l'autre. J’entendais les cris d'une chouette qui volait sur les toits noircis par le temps sous cette timide lune d'hiver qui éclairait un ciel étoilé. Je ressentais la brise suave qui venait de la mer. J'allumais la petite radio et je la réglai sur le programme de jazz. Bien que j'adore la musique classique, j'adore aussi le jazz des années 50.

Je me mis à écouter le saxophone du grand musicien américain Charles Parker, ‘the bird’ (l'oiseau) - une jolie mélodie qui portait mon âme. Je m'installai dans la chaise du bureau mettant la chandelle près de moi. J'ouvris mon cahier, et à fumer un joint, pour me mettre ensuite à écrire

r.n.rodrigues

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