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les coquelicots (par Den.hall)
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les coquelicots (par Den.hall)
Les coquelicots.
Elle avait toujours aimé ce tableau.
Les couleurs, peut être, le rouge des coquelicots. La jeune femme et son ombrelle. Enfant elle se revoyait.
« Marthe ? Où es-tu encore ? Viens goûter ! Ton bouquet est joli, mais tu vois, certaines fleurs sont fanées, comme toujours Ramasse des bleuets , ils savent se ressourcer dans le vase. »
Une enfance, pleine de tartines de confiture et de beurre confondus, de baisers tendres, des escapades dans les champs, les cèpes en automne, les merises qui vous barbouillent de noir et que de les avoir mangées, vous ne pouvez dissimuler !
Rêveuse, au bord du ruisseau, elle contemplait des heures le fil de l’eau, qui l’emmènerait, forcément, vers un destin heureux et serein.
Pierre, camarade de jeu depuis sa petite enfance, était devenu, comme une évidence son confident puis son amoureux.
Ils marchaient main dans la main, faisant jaillir des milliers d’insectes autour d’eux, en traversant les prés écrasés du soleil d’été.
Ils avaient scellé leur amour en gravant sur le tronc du grand chêne centenaire, leur fleur préférée avec leurs initiales au cœur…
Octobre 1960.
« Marthe, je serai revenu très vite, juste quelques mois, je devais faire le service militaire de toute façon, l’Algérie doit être un beau pays, je te ramènerai des roses des sables…Je ne t’abandonne pas, je te confie notre amour, tu en seras la gardienne. Tu feras de ce phare, le plus puissant afin que sa lumière me parvienne ».
Les mois s’étaient égrainés, ternes, semblables, sans fin…Le courrier irrégulier faisait encore plus ressentir son absence.
Mais chargée de cette mission d’amour, le garder intact, elle se tenait droite, sans faillir, sans aucun doute sur son retour.
Elle se gardait d’écouter les nouvelles à la radio, elle ne voulait faire confiance qu’à son instinct, son amour.
Les lettres n’arrivèrent plus. Elle ne comprenait pas. Elle avait une drôle de douleur sur le côté gauche, depuis un certain soir..
La lettre officielle parvint un matin, étrangement très ensoleillé pour la saison.
Aucun son ne sortit, de sa bouche.
Plus jamais, aucun vocable, ne sortit.
« Marthe, où êtes- vous encore ? Encore pieds nus ? Devant ce tableau ? »
L‘éducatrice soupira, la frêle silhouette de cette femme l’émouvait au plus haut point, sa jeunesse semblait s’être figée. Elle tendit les bras vers la toile
Une voix qu’elle seule percevait se fit douce et attirante..
« Viens Marthe, je suis là, donnes moi la main. Je m’appelle le Passeur et je vais t’aider à rejoindre Pierre. Suis moi. »
L’éducatrice, de retour dans la salle commune faillit dire : « où est Marthe ? » mais son regard fut attiré par le tableau.
Elle interpella l’infirmière.
« Je croyais qu’il y avait une jeune femme avec une ombrelle au premier plan » puis ajouta, sur un ton d’interrogation « Marthe ? »
« Quelle Marthe ? tu délires , Nina, aujourd’hui « répondit elle en riant !
Le Passeur aidait à faire passer les innocents de l’autre côté du miroir mais possédait aussi le don d’effacer des mémoires ce qui devait l’être.
Marthe ne faisait plus partie du monde des vivants.
Il se retourna et vit, Marthe et Pierre, main dans la main, dans le champ de coquelicots, qui riaient, riaient, en soulevant des nuées d’insectes…..
Elle avait toujours aimé ce tableau.
Les couleurs, peut être, le rouge des coquelicots. La jeune femme et son ombrelle. Enfant elle se revoyait.
« Marthe ? Où es-tu encore ? Viens goûter ! Ton bouquet est joli, mais tu vois, certaines fleurs sont fanées, comme toujours Ramasse des bleuets , ils savent se ressourcer dans le vase. »
Une enfance, pleine de tartines de confiture et de beurre confondus, de baisers tendres, des escapades dans les champs, les cèpes en automne, les merises qui vous barbouillent de noir et que de les avoir mangées, vous ne pouvez dissimuler !
Rêveuse, au bord du ruisseau, elle contemplait des heures le fil de l’eau, qui l’emmènerait, forcément, vers un destin heureux et serein.
Pierre, camarade de jeu depuis sa petite enfance, était devenu, comme une évidence son confident puis son amoureux.
Ils marchaient main dans la main, faisant jaillir des milliers d’insectes autour d’eux, en traversant les prés écrasés du soleil d’été.
Ils avaient scellé leur amour en gravant sur le tronc du grand chêne centenaire, leur fleur préférée avec leurs initiales au cœur…
Octobre 1960.
« Marthe, je serai revenu très vite, juste quelques mois, je devais faire le service militaire de toute façon, l’Algérie doit être un beau pays, je te ramènerai des roses des sables…Je ne t’abandonne pas, je te confie notre amour, tu en seras la gardienne. Tu feras de ce phare, le plus puissant afin que sa lumière me parvienne ».
Les mois s’étaient égrainés, ternes, semblables, sans fin…Le courrier irrégulier faisait encore plus ressentir son absence.
Mais chargée de cette mission d’amour, le garder intact, elle se tenait droite, sans faillir, sans aucun doute sur son retour.
Elle se gardait d’écouter les nouvelles à la radio, elle ne voulait faire confiance qu’à son instinct, son amour.
Les lettres n’arrivèrent plus. Elle ne comprenait pas. Elle avait une drôle de douleur sur le côté gauche, depuis un certain soir..
La lettre officielle parvint un matin, étrangement très ensoleillé pour la saison.
Aucun son ne sortit, de sa bouche.
Plus jamais, aucun vocable, ne sortit.
« Marthe, où êtes- vous encore ? Encore pieds nus ? Devant ce tableau ? »
L‘éducatrice soupira, la frêle silhouette de cette femme l’émouvait au plus haut point, sa jeunesse semblait s’être figée. Elle tendit les bras vers la toile
Une voix qu’elle seule percevait se fit douce et attirante..
« Viens Marthe, je suis là, donnes moi la main. Je m’appelle le Passeur et je vais t’aider à rejoindre Pierre. Suis moi. »
L’éducatrice, de retour dans la salle commune faillit dire : « où est Marthe ? » mais son regard fut attiré par le tableau.
Elle interpella l’infirmière.
« Je croyais qu’il y avait une jeune femme avec une ombrelle au premier plan » puis ajouta, sur un ton d’interrogation « Marthe ? »
« Quelle Marthe ? tu délires , Nina, aujourd’hui « répondit elle en riant !
Le Passeur aidait à faire passer les innocents de l’autre côté du miroir mais possédait aussi le don d’effacer des mémoires ce qui devait l’être.
Marthe ne faisait plus partie du monde des vivants.
Il se retourna et vit, Marthe et Pierre, main dans la main, dans le champ de coquelicots, qui riaient, riaient, en soulevant des nuées d’insectes…..
Invité- Invité
Re: les coquelicots (par Den.hall)
Quelle belle histoire ...
et toujours cette fin que l'on attend pas ...
et cet espoir qu'un jour peut-être ...
Je vais relire avec plaisir ...
Marie
et toujours cette fin que l'on attend pas ...
et cet espoir qu'un jour peut-être ...
Je vais relire avec plaisir ...
Marie
_________________
La poésie est une sorte de musique, il faut l'entendre pour en juger ..(Voltaire)


Marie- Admin
-

Nombre de messages: 2423
Age: 63
Localisation: Canada
Date d'inscription: 15/06/2008
Re: les coquelicots (par Den.hall)
tout d'abord merci pour l'évocation du tableau de Monet ,le champ de coquelicots est une de ses oeuvres que j'aime énormément
quand à ton écrit il est vraiment beau et émouvant
bise
quand à ton écrit il est vraiment beau et émouvant
bise
Re: les coquelicots (par Den.hall)
Une très belle histoire qui a fait sourdre des larmes à mes yeux : j'ai vécu cette période terrible de la guerre, avec mon amoureux perdu là-bas dans les djebels, mais non en tant que combattant, mais enseignant : des conditions très dures, avec la menace permanente d'attentats.
Une angoisse totale pour nous, surtout lorsque l'on a appris qu'une des ses cousines assistante sociale venait d'être tuée...
Quant à lui, amenant à Bougie une fillette de sa classe qui s'était cassé le bras, il était passé sans savoir qu'au retour, au bord de la route il allait trouver les cadavres des victimes d'un attentat où il aurait pu tomber !
Une période sombre de notre histoire que l'on n'évoque jamais sans un grand malaise !
Après l'indépendance, je l'ai rejoint là-bas en petite Kabylie où nous avons encore enseigné trois ans encore parmi des gens chaleureux et amoureux de la langue française...Quel magnifique pays si tourmenté et encore si blessé !
Une angoisse totale pour nous, surtout lorsque l'on a appris qu'une des ses cousines assistante sociale venait d'être tuée...
Quant à lui, amenant à Bougie une fillette de sa classe qui s'était cassé le bras, il était passé sans savoir qu'au retour, au bord de la route il allait trouver les cadavres des victimes d'un attentat où il aurait pu tomber !
Une période sombre de notre histoire que l'on n'évoque jamais sans un grand malaise !
Après l'indépendance, je l'ai rejoint là-bas en petite Kabylie où nous avons encore enseigné trois ans encore parmi des gens chaleureux et amoureux de la langue française...Quel magnifique pays si tourmenté et encore si blessé !
Re: les coquelicots (par Den.hall)
trop émue je ne suis pas arriver l'écrire mais je rejoins Marcek mon fiancé a été tué en Algérie ,il avait 22 ans ,moi 17 ,ma vie entière a été changée par ce deuil et je ne l'ais pas gérée ensuite comme j'aurais du .....;
bisou
bisou

Re: les coquelicots (par Den.hall)
je ne sais que dire......Anita, pour rien au monde, j'aurais voulu te faire revivre ce moment si terrible...mais c'est fait!
j'en suis profondément désolée....
pour ma part, j'ai vécu cette guerre à travers ma soeur ( née en 39) qui avait son fiancé là bas, 36 mois de service militaire.....et j'ai ressenti son angoisse et l'attente des lettres!
il est revenu, ils sont toujours mariés.
vos témoignages, dévoilant , Anita et Marcek, une partie intime de vos vies, je suis très touchée.
je n'oublie pas Marie et dago, qui m'encouragent dans la voie de l'écriture, tout comme vous deux par vos posts.
amitiés
j'en suis profondément désolée....
pour ma part, j'ai vécu cette guerre à travers ma soeur ( née en 39) qui avait son fiancé là bas, 36 mois de service militaire.....et j'ai ressenti son angoisse et l'attente des lettres!
il est revenu, ils sont toujours mariés.
vos témoignages, dévoilant , Anita et Marcek, une partie intime de vos vies, je suis très touchée.
je n'oublie pas Marie et dago, qui m'encouragent dans la voie de l'écriture, tout comme vous deux par vos posts.
amitiés
Invité- Invité
Re: les coquelicots (par Den.hall)
surtout ne soit pas désolée Denise parler de nos défuns c'est les faire revivre ,j'écris d'ailleurs parfois sur cette période de ma vie pour cette raison les êtres ne sont vraiment plus là que lorsqu'on les a oubliés
bisous
bisous

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