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Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
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Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
Pleurs et grincements
« Rameau déchiqueté, tordu,
Lançant là depuis mainte année
Au vent son chant sec et bourru,
Sans plus de feuilles ni d’écorce,
(…) Hermann Hesse, Poèmes choisis)
Du mildiou plein les feuilles
Du vieux saule pleureur
Fierté de tout le voisinage,
Sauf du proprio qui désespère
De l’état de santé de l’arbre vieillot!
Décision difficile à prendre
Et, d’année en année, le maître des lieux
Tergiverse, s’embrume et abdique :
« Dois-je l’abattre et le scier?
Découper ses sept branches gigantesques? »
Son regard flaire déjà le grand vide,
Ses yeux voient l’immense trou dans la cour
Causé par la perte du grand saule
Couvrant à lui seul plus de la moitié du terrain!
Que faire? Dois-je? Oserai-je?
Attendre.
Les années s’égrènent
Et le vieux saule pleure maintenant
Toutes ses feuilles pleines de mildiou en début d’été.
« Trop malade, ce vieil arbre.
Il va infecter tous mes feuillus! »
Grogne à regret le proprio.
Sa décision est irrévocable.
C’est aujourd’hui le jour J,
La nuit des longs couteaux!
Taratata! Pitif pitaf! Taratata! Bing bang!
Et que le grand massacre commence!
C’est à grands coups de scie mécanique,
C’est à grands coups de hache,
C’est à grands coups de tronçonneuse
Que le vieux saule pleure ses derniers râlements.
Lui, colosse et si fier géant, gît par terre démembré.
Seul reste visible à un mètre du sol,
L’immense souche à sept têtes.
Désormais, qui se souviendra de sa majesté,
De sa force et grandeur,
De son ombre et lumière,
De sa splendeur et beauté?
Qui se rappellera encore de son existence?
Vaincu, peut-être?
Défait, pas tout à fait.
Déraciné, ça, non jamais!
Le mastodonte de jadis est rétif et résiste
À sa façon et à sa manière.
Ses grosses tentacules s’enfoncent profondément dans le sol
Attaquent et menacent les fondations de la maison
Au grand dam du proprio.
« Ah ces vilaines racines rebelles me narguent encore! »
Tempête le seigneur des lieux,
Qui lui déclare à nouveau la guerre
En empoignant pioche, hache et sécateur.
Ça bûche et ça résiste encore!
Ça cogne et ça regimbe toujours!
Ça frappe et ça se rebiffe tout le temps!
Butées et entêtées ces maudites racines
Se cabrent sous l’assaut des coups répétés
Du proprio fou furieux.
« Elles tiennent encore! » éructe difficilement
Notre bûcheron batailleur et guerroyeur
Se tenant la poitrine et râlant comme un fauve
Avant de s’écrouler inerte sur le gazon.
Que se passe-t-il? Qu’est-ce qui est arrivé?
Que voit-on?
Les sauve-qui-peut de l’épouse éplorée.
Qu’entend-on?
Les klaxons et sirènes de l’ambulance emportant le moribond.
Qu’écoute-t-on?
Le diagnostic rassurant du cardiologue impassible :
« Sévère infarctus, mais le patient est hors danger! »
Que constate-t-on?
Un branle-bas et tintamarre d’émotions,
Un combat pour la vie et la mort,
Une leçon de courage et lucidité.
L’année s’écoule lentement
Et le printemps surgit inexorablement.
Au milieu de la cour,
Le proprio toise du regard l’immense souche à sept têtes,
Il médite de tout son saoul et en bon lettré
Sur cette hydre farouchement rebelle.
Il cogite de plus belle sur le vieux dicton :
« Œil pour œil, dent pour dent! »
Il songe et jongle à qui mieux mieux sur la destinée.
Une conclusion lui perce la cervelle :
« Ce vieux saule pleureur mérite de vivre.
Je vois déjà des bourgeons tapisser ses sept branches! »
Tant de pleurs et de grincements de dents!
Tant de sueurs et d’inutiles acharnements!
Tant de peurs et de stériles apitoiements!
Tant de routes et déroutes!
Pour en arriver à quoi?
À cette vérité toute simple,
À cette toute petite évidence :
VIVRE ET LAISSER VIVRE!
« (…) Las de cette vie surannée,
Las de ne pas mourir, sans force,
Inquiet en secret, mais fier.
Sa voix rauque sonne, obstinée,
Un été encore, un hiver. »
(Hermann Hesse, Poèmes choisis)
(À mon frère Jacques et à Hermann Hesse,
les deux sources d’inspiration de ce poème)
« Rameau déchiqueté, tordu,
Lançant là depuis mainte année
Au vent son chant sec et bourru,
Sans plus de feuilles ni d’écorce,
(…) Hermann Hesse, Poèmes choisis)
Du mildiou plein les feuilles
Du vieux saule pleureur
Fierté de tout le voisinage,
Sauf du proprio qui désespère
De l’état de santé de l’arbre vieillot!
Décision difficile à prendre
Et, d’année en année, le maître des lieux
Tergiverse, s’embrume et abdique :
« Dois-je l’abattre et le scier?
Découper ses sept branches gigantesques? »
Son regard flaire déjà le grand vide,
Ses yeux voient l’immense trou dans la cour
Causé par la perte du grand saule
Couvrant à lui seul plus de la moitié du terrain!
Que faire? Dois-je? Oserai-je?
Attendre.
Les années s’égrènent
Et le vieux saule pleure maintenant
Toutes ses feuilles pleines de mildiou en début d’été.
« Trop malade, ce vieil arbre.
Il va infecter tous mes feuillus! »
Grogne à regret le proprio.
Sa décision est irrévocable.
C’est aujourd’hui le jour J,
La nuit des longs couteaux!
Taratata! Pitif pitaf! Taratata! Bing bang!
Et que le grand massacre commence!
C’est à grands coups de scie mécanique,
C’est à grands coups de hache,
C’est à grands coups de tronçonneuse
Que le vieux saule pleure ses derniers râlements.
Lui, colosse et si fier géant, gît par terre démembré.
Seul reste visible à un mètre du sol,
L’immense souche à sept têtes.
Désormais, qui se souviendra de sa majesté,
De sa force et grandeur,
De son ombre et lumière,
De sa splendeur et beauté?
Qui se rappellera encore de son existence?
Vaincu, peut-être?
Défait, pas tout à fait.
Déraciné, ça, non jamais!
Le mastodonte de jadis est rétif et résiste
À sa façon et à sa manière.
Ses grosses tentacules s’enfoncent profondément dans le sol
Attaquent et menacent les fondations de la maison
Au grand dam du proprio.
« Ah ces vilaines racines rebelles me narguent encore! »
Tempête le seigneur des lieux,
Qui lui déclare à nouveau la guerre
En empoignant pioche, hache et sécateur.
Ça bûche et ça résiste encore!
Ça cogne et ça regimbe toujours!
Ça frappe et ça se rebiffe tout le temps!
Butées et entêtées ces maudites racines
Se cabrent sous l’assaut des coups répétés
Du proprio fou furieux.
« Elles tiennent encore! » éructe difficilement
Notre bûcheron batailleur et guerroyeur
Se tenant la poitrine et râlant comme un fauve
Avant de s’écrouler inerte sur le gazon.
Que se passe-t-il? Qu’est-ce qui est arrivé?
Que voit-on?
Les sauve-qui-peut de l’épouse éplorée.
Qu’entend-on?
Les klaxons et sirènes de l’ambulance emportant le moribond.
Qu’écoute-t-on?
Le diagnostic rassurant du cardiologue impassible :
« Sévère infarctus, mais le patient est hors danger! »
Que constate-t-on?
Un branle-bas et tintamarre d’émotions,
Un combat pour la vie et la mort,
Une leçon de courage et lucidité.
L’année s’écoule lentement
Et le printemps surgit inexorablement.
Au milieu de la cour,
Le proprio toise du regard l’immense souche à sept têtes,
Il médite de tout son saoul et en bon lettré
Sur cette hydre farouchement rebelle.
Il cogite de plus belle sur le vieux dicton :
« Œil pour œil, dent pour dent! »
Il songe et jongle à qui mieux mieux sur la destinée.
Une conclusion lui perce la cervelle :
« Ce vieux saule pleureur mérite de vivre.
Je vois déjà des bourgeons tapisser ses sept branches! »
Tant de pleurs et de grincements de dents!
Tant de sueurs et d’inutiles acharnements!
Tant de peurs et de stériles apitoiements!
Tant de routes et déroutes!
Pour en arriver à quoi?
À cette vérité toute simple,
À cette toute petite évidence :
VIVRE ET LAISSER VIVRE!
« (…) Las de cette vie surannée,
Las de ne pas mourir, sans force,
Inquiet en secret, mais fier.
Sa voix rauque sonne, obstinée,
Un été encore, un hiver. »
(Hermann Hesse, Poèmes choisis)
(À mon frère Jacques et à Hermann Hesse,
les deux sources d’inspiration de ce poème)

Guy Rancourt-

Nombre de messages: 774
Age: 64
Localisation: Le Bic (Rimouski) Québec
Emploi: Ex-prof de philo, retraité depuis août 2005
Loisirs: Balades dans la nature, cinéma, musique, cuisine, écriture, rire et rêver!
Date d'inscription: 07/11/2008
Re: Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
Toute cette histoire de ce saule pleureur avait généré un poème de mon frère Jacques qu'il avait intitulé : "Tempête cérébrale".
J'annexe le lien où vous pouvez lire ce poème :
http://mieuxdire.blogspot.com/2006/05/un-pome-tempte-crbrale.html
J'annexe le lien où vous pouvez lire ce poème :
http://mieuxdire.blogspot.com/2006/05/un-pome-tempte-crbrale.html

Guy Rancourt-

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Loisirs: Balades dans la nature, cinéma, musique, cuisine, écriture, rire et rêver!
Date d'inscription: 07/11/2008
Re: Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
Le saule pleureur est mon arbre préféré ! J'ai lu attentivement la longue histoire de ce pauvre arbre qu'on voulait faire disparaitre !
J'ai beaucoup aimé et suis heureuse que la vie a gagné!
Guy, à ton intention je vais mettre un autre poème" A l'ombre du saule pleureur "
Amitié
Cathy.
J'ai beaucoup aimé et suis heureuse que la vie a gagné!
Guy, à ton intention je vais mettre un autre poème" A l'ombre du saule pleureur "
Amitié
Cathy.
Re: Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
Un poème qui se lit d'un trait ...
Avec une morale superbe ...
J'ai vraiment aimé ma lecture ...
Marie
Avec une morale superbe ...
J'ai vraiment aimé ma lecture ...
Marie
_________________
La poésie est une sorte de musique, il faut l'entendre pour en juger ..(Voltaire)


Marie- Admin
-

Nombre de messages: 2423
Age: 63
Localisation: Canada
Date d'inscription: 15/06/2008
Re: Pleurs et grincements (par Guy Rancourt)
Merci Cathyleen et Marie. Cathy, j'ai hâte de lire cet autre poème "À l'ombre du saule pleureur". Hier, j'ai envoyé à mon frère Jacques, enseignant à la retraite et poète comme moi, votre poème "Le saule pleureur"...il a adoré! :cheers: Bon week-end! 

Guy Rancourt-

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Loisirs: Balades dans la nature, cinéma, musique, cuisine, écriture, rire et rêver!
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